Objet remarquable #02 : Pissenvole

Quand le Gaussian Splatting devient complice de l'illusion

1. Genèse

Un pissenlit en fin de course dans le jardin. Sphère blanche, fragile, faite pour partir au premier souffle. Je le coupe à la base et le ramène chez moi avec une précaution extrême — c’est un objet quasi indéplaçable, qui demande la délicatesse qu’on réserve aux objets précieux. Comme la mouche avant lui, comme la météorite après, chaque sujet impose son protocole de manipulation, son respect.

Je le fixe avec une loupe à pince — système de maintenance pour petits objets. En dessous, un torchon grillagé vert et blanc : choix pragmatique. Je pressens que la structure aérienne du pissenlit, presque transparente, sera difficile à reconstruire pour l’algorithme. Il lui faut des points de repère, un ancrage visuel. Le tissage du torchon offre cette texture.

2. Technique – L’accident devient méthode

iPhone 15 Pro Max en macro. Rotation millimétrique. Je retiens mon souffle — chaque expiration risque la catastrophe. Puis le faux mouvement : quelques akènes tombent, découvrent le cœur du pissenlit. Au lieu de recommencer, je saisis l’opportunité. Pince à épiler en main, je repositionne les graines tombées sur le torchon. Je les appuie délicatement, suggérant l’envol. Elles ne s’envolent pas — elles composent l’envol. Je reprends la capture, cercle après cercle, autour de cette dispersion mise en scène.

En post-production : j’efface l’arrière-plan. Le torchon disparaît. Les akènes qui reposaient dessus flottent désormais dans le vide. L’artifice devient illusion.

3. Penser l’image – Le mouvement impossible

Le Gaussian Splatting fixe des instants. Et cet instant-là — quelques graines se détachent tandis que d’autres tiennent encore — est impossible à saisir dans la nature. Il dure une fraction de seconde, échappe à toute observation.

Ce que montre le modèle 3D, c’est précisément ce qui reste invisible : le temps suspendu, le souffle figé, le mouvement arrêté. Un bullet time où l’on peut naviguer autour de l’action — sauf que cette action, comme dans Matrix, n’a jamais existé telle quelle. Elle a été construite, plan par plan, composition par composition.

Le pissenlit reconstitué devient document d’un instant impossible : celui où l’on peut contempler ce qui, dans la réalité, ne se donne jamais à voir que dans le fugace. Observer sous tous les angles ce qui normalement s’échappe. Faire tenir ensemble ce qui est fait pour se disperser.

Une image du vent sans vent.