Objet composé #01 : Sablier en suspens

Carte de vœux

Genèse

Ce projet prend naissance à Saalfelden, en Autriche, autour d’un objet étrange par son instabilité : une petite cabane en bois, très penchée, posée au milieu d’un champ.

La cabane a été capturée une première fois en hiver, sous une neige dense, lors de mes tout premiers essais de reconstruction en Gaussian Splatting. La captation, réalisée avec un matériel limité, produisait une reconstruction fragile et imprécise, mais déjà étonnamment convaincante pour un premier test.

Six mois plus tard, en été, je suis retournée au même endroit. La même cabane était là, toujours penchée, inscrite dans un autre régime de lumière, de matière et de temps. Cette seconde captation, réalisée avec un dispositif plus performant (iPhone 15 Pro Max), a donné lieu à une reconstruction bien plus stable.

Le fait de disposer de cet objet, capturés à deux moments radicalement différents, a immédiatement ouvert un désir d’expérimentation : non pas comparer deux états, mais jouer avec le temps lui-même.

Technique

Je cherchais une mise en scène capable de mettre le temps en abyme. En parallèle, j’étais fascinée par certains effets de particules développés par Kijiro, qui font apparaître les Gaussian Splats dans un effet scintillant digne des contes Disney.

C’est à partir de là que nous avons exploré, avec mon ami Alex, ingénieur en informatique, le framework Spark, basé sur Three.js. Spark — un framework basé sur Three.js qui permet d’animer des Gaussian Splats via des systèmes de particules — nous avons trouvé une piste visuelle convaincante : une apparition / disparition des objets par flux, comme une matière qui se recompose.

Plutôt que de tenter un sablier entièrement fondé sur des Gaussian Splats — solution lourde, instable et difficile à contrôler — nous avons choisi de modéliser un sablier en 3D. Celui-ci agit comme une structure d’accueil pour les deux splats et rend possible la cohabitation entre plusieurs régimes d’image : splats, particules (Spark), géométrie 3D.

Ce choix a soulevé plusieurs questions techniques :
comment une géométrie 3D interagit-elle avec des objets en Gaussian Splatting ?
comment gérer transparences, reflets et interactions lumineuses entre des rendus hétérogènes ?

Les tests ont montré qu’un volume simple, traité de manière neutre, permettait un équilibre visuel stable sans dominer les splats. Les matériaux, les transparences et les reflets ont été ajustés progressivement jusqu’à atteindre cette stabilité.

L’enjeu principal est alors devenu la synchronisation :
faire coïncider précisément l’apparition de la cabane d’été avec la disparition de la cabane d’hiver, et inversement. Après plusieurs itérations de code, cette alternance a été calée de manière concomitante, produisant un mouvement perpétuel sans point d’origine ni de fin.

L’ensemble a ensuite été inscrit dans une skybox minimale, destinée à fournir un horizon et à stabiliser l’espace sans l’ancrer dans un lieu identifiable.

Enfin, la navigation a nécessité un dernier réglage :
une liberté totale en trois dimensions rendant l’expérience illisible, un compromis a été trouvé afin de permettre l’exploration — rotation, zoom, traversée — tout en préservant l’équilibre global de l’objet.

Pensée de l’image

Le sablier est ici un objet paradoxal.
Il est placé en apesanteur, dans des conditions où, physiquement, le temps ne peut pas s’écouler. Sans gravité, un sablier ne fonctionne pas : rien ne tombe, rien ne passe.

La navigation donne au spectateur la possibilité de jouer avec cette illusion paradoxale : tourner autour de l’objet, entrer dans ses bulles, passer de l’hiver à l’été. Comme si le mouvement dépendait de ses gestes, comme s’il pouvait retourner le sablier ou en accélérer le cycle.

Une manière de jouer au maître du temps, tout en acceptant qu’il nous échappe.
Pour cette nouvelle année, je nous souhaite de savoir laisser passer le temps — sans chercher à le rattraper.